À 19 ans à peine, Iman Saï s’impose comme l’une des figures les plus saisissantes de l’athlétisme africain. Détentrice du record du monde de la saison sur 5 000 mètres marche chez les moins de 20 ans, cette jeune Tunisienne originaire de Sidi Bouzid trace un parcours hors du commun, malgré des conditions d’entraînement loin d’être idéales. Ses résultats, accumulés sur trois saisons consécutives, dessinent le portrait d’une athlète en pleine ascension, dont les ambitions olympiques ne relèvent plus du rêve mais d’une projection crédible.
Un palmarès qui s’écrit à vitesse record
La trajectoire d’Iman Saï commence véritablement à s’affirmer en 2023, lors des championnats d’Afrique juniors à Ndola, en Zambie. Elle y remporte l’or sur 5 000 mètres marche en 24 minutes 22 secondes et 51 centièmes, confirmant un potentiel déjà pressenti sur le plan national. Dans la foulée, elle s’adjuge également le titre aux championnats arabes juniors à Oman en 25’28 »77, avant de boucler la saison avec le titre de championne de Tunisie dans sa catégorie d’âge.
L’année 2024 marque un tournant décisif. Sur le circuit African Challenge à Hammamet, elle s’impose sur le 10 km marche route en 47’25 ». Mais c’est à Lima, au Pérou, lors des championnats du monde juniors d’athlétisme, qu’elle signe une performance qui retient l’attention internationale : douzième au classement général du 10 000 mètres marche en 46’34 »44, elle améliore par la même occasion le record national tunisien des moins de 20 ans, alors qu’elle figurait parmi les plus jeunes concurrentes en lice.
En 2025, la progression se confirme avec une régularité impressionnante. Aux championnats arabes d’Oran, en Algérie, elle remporte l’or sur 10 000 mètres marche en établissant un nouveau record national des moins de 20 ans en 45’39 »55. Elle enchaîne avec une nouvelle médaille d’or aux championnats d’Afrique juniors à Abeokuta, au Nigeria, en 48’54 »54. Sur le plan national, elle s’impose sur le 10 km route junior féminin en 50’47 » et sur le 5 000 mètres marche junior en 22’18 »18. Elle conclut la saison au septième rang du classement mondial dans sa catégorie, une position qui témoigne de son niveau réel à l’échelle internationale.
2026 : une saison charnière avant Eugene
L’année en cours confirme la dynamique engagée. Le 27 avril, lors des championnats arabes juniors organisés en Tunisie, Iman Saï décroche une nouvelle médaille d’or sur 5 000 mètres marche, avec un chrono de 22’46 »10. Si la concurrence ne s’est pas révélée particulièrement relevée lors de cette compétition, la performance s’inscrit dans une logique de montée en puissance progressive à quelques mois d’une échéance majeure.
Car l’objectif principal de la saison est clairement identifié : les championnats du monde d’athlétisme juniors prévus à Eugene, dans l’Oregon aux États-Unis, du 5 au 9 août 2026. Iman Saï a d’ores et déjà validé sa qualification pour cette compétition, ce qui constitue sa deuxième participation à un championnat du monde junior. Un détail d’importance : la Fédération mondiale d’athlétisme (WAF) a décidé de remplacer le 10 000 mètres marche par le 5 000 mètres marche dans le programme des championnats juniors. Une décision qui profite à Iman Saï, discipline sur laquelle elle détient justement le record du monde de la saison chez les moins de 20 ans avec un temps de 22 minutes.
Selon La Presse de Tunisie, la jeune athlète est considérée comme une sérieuse prétendante au podium dans cette nouvelle épreuve phare du programme junior. Son chrono actuel la place en tête des performances mondiales de la saison dans sa catégorie, ce qui lui confère un statut de favorite crédible, même si la concurrence internationale reste à évaluer dans ce format renouvelé.
Des conditions d’entraînement insuffisantes face à un talent évident
Ce qui rend le parcours d’Iman Saï particulièrement remarquable, c’est le contexte dans lequel il se construit. La marche athlétique est une discipline qui nécessite des cycles d’entraînement intensifs, souvent réalisés en altitude pour maximiser les adaptations physiologiques — amélioration de la capacité respiratoire, optimisation du transport de l’oxygène, renforcement de l’endurance générale. Or, l’accès à ces stages en altitude reste limité pour la marcheuse tunisienne, faute de moyens financiers suffisants et d’un encadrement institutionnel à la hauteur des ambitions affichées.
Cette réalité contraste avec les standards des grandes nations de la marche mondiale, comme le Japon, l’Équateur, la Chine ou le Mexique, où les athlètes bénéficient de programmes structurés incluant plusieurs stages annuels en altitude et une prise en charge logistique complète. Iman Saï, elle, compose avec les ressources disponibles, encadrée par le sélectionneur national Fathi Aissaoui et portée par son club, l’association Sidi Bouzid Future Sports for Athletics.
Cette association, ancrée dans une région de l’intérieur tunisien davantage connue pour ses enjeux socioéconomiques que pour ses infrastructures sportives, incarne pourtant une dynamique locale réelle autour du développement de l’athlétisme. Le cas d’Iman Saï illustre à la fois le potentiel brut que recèlent ces territoires et les limites structurelles qui freinent son plein épanouissement.
Un profil qui s’inscrit dans la durée
Au-delà des performances immédiates, c’est la courbe de progression qui retient l’attention des observateurs. Entre 2023 et 2026, Iman Saï a amélioré ses chronos de manière continue sur chacune de ses distances de référence. Sur le 5 000 mètres marche, elle est passée de 25’28 » à Eugene à 22 minutes, soit une progression de plus de trois minutes en moins de trois ans. Sur les épreuves de 10 km route et 10 000 mètres piste, ses temps reflètent également une maturité physiologique qui se construit saison après saison.
À cet âge et avec ce niveau de performance, les projections vers les Jeux olympiques ne sont pas fantasmées. Les échéances de 2028 à Los Angeles, puis 2032, s’inscrivent dans une fenêtre temporelle cohérente avec la courbe d’une athlète de marche qui atteint généralement son pic de performance entre 22 et 28 ans. Si les conditions d’accompagnement évoluent favorablement, Iman Saï dispose des fondations techniques et athlétiques pour viser les plus grandes compétitions mondiales.


