• Home  
  • Tunisie-UE : la migration circulaire au cœur d’un nouveau pacte économique
- Business

Tunisie-UE : la migration circulaire au cœur d’un nouveau pacte économique

Réunis le 7 mai 2026 à Tunis lors d’une conférence de presse, l’ambassadeur de l’Union européenne Perrone et le responsable du partenariat pour les talents Thierry Béranger ont détaillé les contours d’une nouvelle approche bilatérale de la mobilité humaine. L’enjeu : convertir un dossier migratoire épineux en véritable outil de développement partagé, sans occulter les […]

Business Tunisie - Tunisia Business

Réunis le 7 mai 2026 à Tunis lors d’une conférence de presse, l’ambassadeur de l’Union européenne Perrone et le responsable du partenariat pour les talents Thierry Béranger ont détaillé les contours d’une nouvelle approche bilatérale de la mobilité humaine. L’enjeu : convertir un dossier migratoire épineux en véritable outil de développement partagé, sans occulter les résistances administratives qui continuent de freiner la dynamique.

La migration irrégulière, un défi que la Tunisie revendique comme sien

L’une des ruptures les plus marquantes dans le discours porté par l’ambassadeur Perrone concerne la lutte contre la migration clandestine. Il ne s’agit plus, selon lui, d’un service que Tunis rendrait à Bruxelles, mais d’un impératif qui relève directement des intérêts souverains du pays. La Tunisie refuse catégoriquement de devenir une plaque tournante pour les réseaux criminels qui exploitent la vulnérabilité des migrants en transit.

Ce repositionnement discursif est significatif. Il signifie que la coopération sécuritaire entre les deux rives de la Méditerranée ne saurait être réduite à une relation de donnant-donnant, où Tunis contrôlerait les départs en échange de financements européens. La maîtrise des frontières, la traque des passeurs et le renforcement des dispositifs d’accueil et de protection des réfugiés sont présentés comme des priorités nationales à part entière.

L’ambassadeur reconnaît néanmoins que des progrès tangibles ont été accomplis ces derniers mois. Les flux irréguliers semblent mieux contenus, même si une solution durable exige une réponse coordonnée sur plusieurs fronts simultanément : surveillance maritime renforcée, démantèlement des filières de traite, et soutien aux organisations humanitaires qui interviennent auprès des populations les plus exposées.

La mobilité circulaire : former ici, acquérir là-bas, revenir enrichi

Au-delà de la dimension sécuritaire, c’est le modèle de la mobilité circulaire qui constitue le pilier central du nouveau partenariat tuniso-européen. Le principe est simple dans sa conception : un professionnel tunisien se forme dans son pays, part acquérir une expérience concrète en Europe, puis rentre en Tunisie avec un bagage de compétences nouvelles susceptibles de dynamiser l’économie locale. Un cycle vertueux, à condition que les mécanismes qui l’encadrent soient suffisamment fluides.

Thierry Béranger a précisé que ce dispositif cible en priorité les secteurs qui souffrent de tensions structurelles en Europe, notamment l’hôtellerie, la restauration et le tourisme. Des milliers de candidats tunisiens ont déjà intégré ces programmes, mais l’ambition affichée reste bien supérieure aux volumes atteints à ce jour. Le potentiel est réel, à en croire les deux parties, mais des verrous persistent.

La reconnaissance des diplômes, un obstacle toujours présent

Parmi les freins les plus souvent cités figure la non-reconnaissance mutuelle des qualifications. Un technicien ou un professionnel de santé tunisien diplômé dans son pays se heurte régulièrement à des procédures de validation longues et complexes lorsqu’il cherche à exercer dans un État membre de l’UE. Ce problème, loin d’être anecdotique, limite considérablement l’attractivité des dispositifs de mobilité légale et décourage une partie des candidats potentiels avant même qu’ils n’entament les démarches.

Des discussions sont en cours pour simplifier ces procédures de reconnaissance, mais aucune échéance précise n’a été communiquée lors de la conférence. La complexité tient notamment au fait que chaque État membre dispose de ses propres règles en la matière, rendant toute harmonisation à l’échelle européenne particulièrement ardue.

Simplifier le parcours administratif des candidats à la mobilité

Au-delà de la question des diplômes, c’est l’ensemble du parcours administratif qui mérite d’être repensé. De nombreux candidats à la mobilité légale abandonnent en cours de route, découragés par la multiplication des formulaires, des délais d’attente et des interlocuteurs. Béranger a évoqué la nécessité de réduire ces frictions pour rendre le dispositif accessible au plus grand nombre, et pas seulement aux profils les plus armés pour naviguer dans des systèmes bureaucratiques complexes.

Visas et mobilité des élites : vers une fluidification progressive

La délivrance des visas reste, elle, une compétence exclusive des États membres et non de la délégation de l’Union européenne. L’ambassadeur Perrone l’a rappelé clairement, tout en indiquant qu’une stratégie de numérisation des procédures est actuellement déployée pour accélérer les délais de traitement. Cette digitalisation pourrait, à terme, réduire les goulots d’étranglement qui transforment parfois l’obtention d’un simple visa professionnel en parcours du combattant.

Un volet particulier concerne la mobilité des cadres, des universitaires et des professions libérales. Les échanges dans ce segment restent insuffisants au regard du potentiel existant. Des chercheurs tunisiens engagés dans des programmes de coopération internationale, des médecins ou des ingénieurs souhaitant intervenir ponctuellement en Europe se heurtent encore à des obstacles disproportionnés par rapport à leur profil et à la nature de leur mobilité.

La délégation européenne dit travailler activement à lever ces barrières spécifiques, en identifiant les points de blocage propres à chaque catégorie professionnelle. L’objectif est de permettre aux talents tunisiens de contribuer pleinement aux dynamiques d’innovation et de coopération sur le continent, sans que des contraintes administratives ne viennent contrarier des projets pourtant mutuellement bénéfiques.

Ce que dessine la conférence du 7 mai, rapportée par L’Économiste Maghrébin, c’est en définitive une relation tuniso-européenne en pleine redéfinition, où la migration n’est plus appréhendée uniquement sous l’angle de la menace ou du contrôle, mais progressivement intégrée dans une logique de co-développement. La route reste longue, les obstacles réels, mais le cadre conceptuel semble désormais partagé par les deux parties.

Qui Sommes nous ?

Tunisia Business est un journal d’information numérique, qui relate l’actualité tunisienne, arabe et internationale, et toute l’information sur la politique, l’économie, la société, le sport, la culture, l’environnement et le high-tech.

Email Us: contact@tunisiabusiness.tn

Contact: +216 70 287 718

Tunisia Business  @2026. All Rights Reserved.