Les chiffres publiés vendredi par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) dressent un tableau globalement positif de la situation financière du pays à l’entame du mois de mai 2026. Entre la progression des transferts de la diaspora, la reprise des flux touristiques et le renforcement des réserves en devises, plusieurs indicateurs clés affichent une orientation favorable, même si la dynamique reste contrastée selon les compartiments concernés.
Des réserves en devises en nette progression
L’un des signaux les plus remarquables contenus dans le dernier rapport de la BCT concerne les avoirs nets en devises, qui ont franchi le seuil des 25,1 milliards de dinars au 7 mai 2026. Cette hausse représente une progression de 10% par rapport au niveau enregistré à la même date en 2025, où ces avoirs s’établissaient à 22,8 milliards de dinars. En termes de couverture des importations, ce matelas de sécurité correspond désormais à 103 jours d’importation, contre 99 jours un an plus tôt.
Cette amélioration s’explique en partie par les deux moteurs traditionnels des entrées de devises en Tunisie : les envois de fonds des Tunisiens résidant à l’étranger et les recettes générées par le secteur touristique. Sur les quatre premiers mois de l’année, les revenus du travail — terme qui désigne les transferts effectués par la diaspora — ont totalisé 2,9 milliards de dinars, soit une croissance de 5,2% comparée à la même période de 2025. Une dynamique qui traduit la résilience de cette source de financement extérieur, malgré les incertitudes économiques qui pèsent sur plusieurs pays d’accueil des communautés tunisiennes à l’étranger.
Du côté du tourisme, les recettes ont progressé de 4% entre fin avril 2025 et fin avril 2026, passant de 1,9 milliard de dinars à 2 milliards de dinars. Une hausse modérée, mais qui confirme la trajectoire de consolidation d’un secteur qui reste stratégique pour l’équilibre des comptes extérieurs tunisiens. Ce résultat intervient dans un contexte de concurrence accrue entre les destinations méditerranéennes et d’une demande touristique européenne soumise à diverses pressions inflationnistes.
Service de la dette et dynamique monétaire interne
Sur le plan des engagements extérieurs, les services de la dette cumulés durant les quatre premiers mois de 2026 se sont élevés à 2,5 milliards de dinars. Ce chiffre, rapporté aux entrées de devises enregistrées sur la même période, donne une mesure de la pression que le remboursement de la dette continue d’exercer sur les réserves du pays. La gestion de ces échéances reste l’un des enjeux structurels majeurs pour les autorités tunisiennes, dans un environnement international marqué par des taux d’intérêt encore élevés.
À l’intérieur du pays, la masse fiduciaire — c’est-à-dire les billets et pièces en circulation — poursuit sa progression soutenue. Au 7 mai 2026, elle dépassait les 28,1 milliards de dinars, en hausse de 18,8% sur un an. Cette expansion traduit une demande de liquidités toujours importante de la part des ménages et des opérateurs économiques, dans un contexte où une partie significative des transactions continue de s’effectuer en dehors du circuit bancaire formel.
Le refinancement bancaire recule, les échanges interbancaires s’accélèrent
Les données de la BCT font également ressortir deux évolutions inverses dans le fonctionnement du système bancaire. D’un côté, le recours des banques au refinancement auprès de la banque centrale a reculé de 18%, tombant à 11,2 milliards de dinars début mai 2026, contre 13,7 milliards de dinars à la même période de l’année précédente. Cette contraction du volume global de refinancement peut être interprétée comme un signe d’amélioration de la liquidité du système bancaire, qui dépend moins des injections de la BCT pour financer son activité quotidienne.
De l’autre côté, les transactions interbancaires ont connu une forte accélération, progressant de 28% pour atteindre près de 4 milliards de dinars au 7 mai 2026, contre 3,1 milliards de dinars à la même date en 2025. Cette hausse significative des échanges entre banques témoigne d’une activité plus soutenue sur le marché monétaire, reflet d’une redistribution plus dynamique des excédents et des besoins de trésorerie entre les établissements du secteur.
Une lecture d’ensemble prudente mais encourageante
Pris dans leur ensemble, ces indicateurs publiés par la Banque Centrale de Tunisie et relayés par Webmanagercenter dessinent une situation qui, sans être exempte de fragilités, montre des signes tangibles de stabilisation. La progression des réserves en devises reste l’indicateur le plus scruté par les marchés et les partenaires financiers internationaux, dans la mesure où il conditionne directement la capacité de la Tunisie à honorer ses engagements extérieurs et à maintenir la stabilité de sa monnaie.
La hausse des envois de fonds de la diaspora et des recettes touristiques, bien que modérée, contribue à alimenter ce coussin de sécurité. Ces deux sources de revenus en devises ont historiquement joué un rôle d’amortisseur lors des périodes de tension sur la balance des paiements. Leur maintien à des niveaux en progression, même légère, est donc perçu comme un facteur de stabilisation à court terme.
La réduction du refinancement bancaire, couplée à l’augmentation des échanges interbancaires, suggère par ailleurs une normalisation progressive du fonctionnement interne du secteur financier. Toutefois, la forte croissance de la masse fiduciaire continue d’alimenter les débats sur la nécessité d’approfondir l’inclusion financière et de réduire la part de l’économie informelle, qui reste un défi de fond pour les autorités monétaires tunisiennes.


