Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, a pris la parole vendredi à Tunis pour défendre une refonte en profondeur des relations entre la Tunisie et l’Union européenne. Un partenariat historique qui, selon lui, doit impérativement s’adapter aux bouleversements économiques et géopolitiques que traverse le monde.
Un partenariat à réinventer face aux nouvelles réalités mondiales
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes, des reconfigurations des chaînes d’approvisionnement mondiales et une compétition économique exacerbée, le chef de la diplomatie tunisienne estime que le cadre actuel du partenariat tuniso-européen accuse un retard par rapport aux exigences du moment. Les mécanismes mis en place il y a plusieurs années ne reflètent plus, selon Nafti, les réalités d’une relation bilatérale qui a pourtant vocation à constituer un pilier stratégique pour les deux parties.
Le ministre a insisté sur la nécessité de dépasser une logique purement administrative ou commerciale pour embrasser une vision plus globale, intégrant les dimensions politiques, migratoires, sécuritaires et climatiques. La Tunisie, située à la croisée des routes méditerranéennes, se positionne comme un acteur incontournable pour l’Europe, notamment en matière de stabilité régionale et de gestion des flux migratoires.
Cette prise de position intervient alors que les relations entre Tunis et Bruxelles connaissent des fluctuations, oscillant entre des moments de rapprochement et des périodes de friction, notamment autour des questions liées aux droits de l’homme, à la gouvernance et aux conditions d’octroi de financements européens. Nafti semble vouloir replacer le dialogue sur un terrain plus équilibré, fondé sur le respect mutuel des intérêts des deux parties.
La Tunisie revendique un rôle de partenaire égal, pas de simple bénéficiaire
L’une des dimensions les plus significatives du discours du ministre réside dans la volonté affichée de repositionner la Tunisie comme un partenaire à part entière, et non comme un simple récipiendaire de l’aide ou des politiques européennes. Cette posture, qui traduit une certaine fierté nationale, s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays du voisinage méridional de l’Europe, lesquels revendiquent davantage d’équité dans leurs relations avec l’Union européenne.
Nafti a évoqué la nécessité de revoir les mécanismes de coopération économique pour qu’ils tiennent compte des spécificités tunisiennes, notamment les défis liés à la transition énergétique, au développement des infrastructures numériques et à la création d’emplois pour une jeunesse nombreuse et qualifiée. Des secteurs dans lesquels la Tunisie dispose d’atouts réels mais où les conditions d’accès aux marchés européens restent, selon lui, insuffisamment facilitées.
La question de la mobilité des personnes occupe également une place centrale dans ce plaidoyer pour un partenariat rénové. Le ministre a rappelé que des centaines de milliers de Tunisiens résident en Europe, contribuant activement aux économies des pays d’accueil tout en envoyant des fonds qui soutiennent l’économie nationale. Cette réalité humaine et économique devrait, selon lui, se traduire par des avancées concrètes en matière de visas, de reconnaissance des diplômes et de protection des droits des travailleurs migrants tunisiens.
Un agenda diplomatique ambitieux pour la Méditerranée
Au-delà du cadre strictement bilatéral, Mohamed Ali Nafti a inscrit ses propos dans une perspective méditerranéenne plus large. La Tunisie entend jouer un rôle actif dans la redéfinition des équilibres régionaux, en se présentant comme un pont entre l’Afrique et l’Europe, entre le monde arabe et le bloc occidental. Une ambition qui nécessite, selon le ministre, que l’Union européenne reconnaisse pleinement le poids stratégique de Tunis et ajuste en conséquence ses modalités de coopération.
Les mutations géopolitiques récentes — qu’il s’agisse du conflit en Ukraine, des tensions en Méditerranée orientale, de l’instabilité au Sahel ou des recompositions dans les relations entre puissances — ont redessiné les priorités de nombreux acteurs internationaux. Dans ce nouveau paysage, la Méditerranée centrale, dont la Tunisie constitue un point nodal, est redevenue un espace d’enjeux stratégiques de premier ordre.
Selon des sources proches du dossier, le ministère tunisien des Affaires étrangères travaillerait à la préparation d’un agenda de négociations structurées avec les institutions européennes, visant à actualiser les accords existants et à en combler les lacunes. Ce chantier diplomatique s’annonce complexe, tant les sujets à aborder sont nombreux et sensibles : libre-échange, investissements directs, coopération sécuritaire, partenariat énergétique autour de l’hydrogène vert, ou encore partage des responsabilités en matière migratoire.
Rapportée par MSN sur la base des déclarations officielles du ministre, cette sortie publique de Nafti souligne la volonté de Tunis de reprendre l’initiative dans sa relation avec l’Europe, à un moment où la Tunisie fait face à des pressions économiques internes importantes et cherche à diversifier ses partenariats internationaux. Le gouvernement tunisien multiplie en parallèle les ouvertures vers d’autres blocs géographiques, notamment en direction des pays du Golfe, de la Chine et de certains pays africains, ce qui renforce sa capacité de négociation avec Bruxelles.
La question centrale reste celle de la volonté politique réelle des deux côtés de la Méditerranée : l’Union européenne sera-t-elle disposée à réviser en profondeur un cadre partenarial qu’elle a largement conçu selon ses propres priorités ? Et la Tunisie disposera-t-elle des marges de manœuvre nécessaires pour porter un tel projet de réforme dans la durée ? Les prochains mois devraient apporter des éléments de réponse, notamment à l’occasion des prochaines réunions diplomatiques de haut niveau entre les deux parties.


