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Tunisie : Zied el-Heni condamné à un an de prison ferme

Le tribunal tunisien a rendu son verdict le jeudi 7 mai : le journaliste indépendant Zied el-Heni écope d’un an de prison ferme. Une peine prononcée au nom de l’« atteinte à autrui », qui intervient après son arrestation fin avril et soulève une vague d’indignation parmi les défenseurs de la liberté de la presse, […]

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Le tribunal tunisien a rendu son verdict le jeudi 7 mai : le journaliste indépendant Zied el-Heni écope d’un an de prison ferme. Une peine prononcée au nom de l’« atteinte à autrui », qui intervient après son arrestation fin avril et soulève une vague d’indignation parmi les défenseurs de la liberté de la presse, en Tunisie comme à l’étranger.

Une arrestation consécutive à une prise de parole publique

Tout part d’une conférence organisée début avril dans une faculté de droit à Tunis. Zied el-Heni y prend la parole pour défendre des confrères qu’il estime avoir été condamnés de manière injuste. Il va plus loin en qualifiant de « criminels » les magistrats ayant rendu ces jugements. Des propos qui déclenchent une enquête judiciaire et aboutissent à son arrestation le 24 avril, selon son avocat Me Samir Dilou.

Le chef d’inculpation retenu contre lui s’appuie sur un article du Code des télécommunications tunisien, qui prévoit jusqu’à deux ans d’emprisonnement pour toute personne portant « sciemment atteinte à autrui ou perturbant sa quiétude » via les réseaux publics de télécommunications, une notion qui englobe désormais les réseaux sociaux. C’est notamment par sa page Facebook que le journaliste avait relayé ses positions et ses critiques, ce qui a servi de base à la procédure engagée contre lui.

Quelques semaines avant son arrestation, le 13 avril, Zied el-Heni avait également annoncé publiquement avoir saisi le tribunal administratif d’un recours contre le président Kaïs Saïed, réclamant que la justice contraigne le chef de l’État à mettre en place la Cour constitutionnelle, à réactiver le Conseil supérieur de la magistrature et à rétablir la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle, la Haica. Une démarche qui illustre la combativité du journaliste face aux institutions, et qui s’inscrit dans un contexte de tension croissante entre le pouvoir et les voix critiques.

Un journaliste habitué des pressions judiciaires

Ce n’est pas la première fois que Zied el-Heni se retrouve dans le collimateur de la justice tunisienne. En 2024, il avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis pour « atteinte à la personne » d’une ancienne ministre du Commerce, après avoir appelé à son limogeage lors d’une émission radiophonique. Ce précédent judiciaire avait déjà soulevé des questions sur la ligne de démarcation entre la critique journalistique et ce que le droit tunisien qualifie d’atteinte aux personnes.

Connu pour ses prises de position tranchées à l’égard de la gouvernance du président Saïed, Zied el-Heni n’a pas cherché à atténuer sa posture avant le jugement. Il avait même déclaré qu’il n’interjeterait pas appel d’une décision qu’il considère comme issue d’un « procès illégitime ». Une position de principe qui tranche avec les recours habituels en pareille situation et qui témoigne de son refus de cautionner une procédure qu’il conteste dans son fondement même.

Son comité de soutien, baptisé « Free Zied Elheni », a réagi vivement à l’annonce du verdict, dénonçant une condamnation prononcée en raison d’« opinions et de positions exprimées dans le cadre d’un travail journalistique ». Pour ses soutiens, la frontière entre l’exercice de la profession et la répression de la dissidence n’a jamais été aussi ténue.

Des réactions internationales dans un contexte de recul des libertés

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a exigé la libération immédiate du journaliste, dénonçant une procédure qu’elle qualifie d’abusive. La condamnation de Zied el-Heni s’inscrit dans une dynamique plus large que plusieurs observateurs et organisations de défense des droits humains suivent avec une attention croissante depuis le virage politique opéré par Kaïs Saïed à l’été 2021, lorsque le président s’est approprié les pleins pouvoirs en suspendant le Parlement et en concentrant l’autorité entre ses mains.

Depuis lors, des dizaines de personnalités issues des milieux médiatiques, politiques et associatifs ont été arrêtées. Certaines ont été condamnées à des peines jugées particulièrement sévères par les défenseurs des libertés civiles. La situation est aujourd’hui qualifiée d’« alarmante » par plusieurs ONG, tant nationales qu’internationales, qui pointent une dérive vers un régime de moins en moins tolérant envers la contestation publique.

Le même jour que le verdict visant Zied el-Heni, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a publiquement interpellé les autorités tunisiennes, les exhortant à « cesser la répression » dirigée contre la société civile et les professionnels des médias. Une prise de position rare de la part d’une instance onusienne, qui reflète le niveau de préoccupation que suscite la situation tunisienne sur la scène internationale.

La veille du jugement, la coordination nationale pour la libération des prisonniers politiques avait exprimé sa « vive inquiétude face à la montée du système répressif et à l’instrumentalisation des institutions de l’État ». Dans un communiqué, elle dénonçait l’utilisation du système judiciaire comme outil de réduction de l’espace public et de mise au silence des voix dissidentes, une formulation qui résume le sentiment partagé par une large partie de la société civile tunisienne.

Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, l’affaire Zied el-Heni cristallise les tensions autour de l’usage du Code des télécommunications à des fins de poursuites contre des journalistes et des militants. Ce texte, initialement conçu pour lutter contre le harcèlement en ligne, est régulièrement cité dans des procédures visant des personnes ayant exprimé des opinions sur les réseaux sociaux, ce qui alimente les critiques sur son instrumentalisation à des fins politiques.

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