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Iran-États-Unis : Téhéran joue la montre face à Trump

Soixante-douze jours après le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, c’est la République islamique qui fixe le rythme des échanges diplomatiques. Donald Trump, qui attendait vendredi une réponse formelle de Téhéran à ses propositions pour un protocole d’accord, s’est retrouvé face au silence. Pas de lettre, pas de signal. Seulement une fin de […]

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Soixante-douze jours après le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, c’est la République islamique qui fixe le rythme des échanges diplomatiques. Donald Trump, qui attendait vendredi une réponse formelle de Téhéran à ses propositions pour un protocole d’accord, s’est retrouvé face au silence. Pas de lettre, pas de signal. Seulement une fin de non-recevoir diplomatique habillée en mise en garde.

Un Trump qui attend, un Téhéran qui temporise

Le président américain avait pourtant affiché une certaine assurance jeudi soir : « Je devrais recevoir une lettre ce soir, donc on verra bien comment ça se passe », avait-il déclaré. La nuit est passée, puis la journée du samedi 9 mai, sans que la moindre réponse iranienne ne parvienne à Washington. L’accord envisagé devait servir de socle préliminaire à des négociations plus larges, avec notamment la réouverture du détroit d’Ormuz comme enjeu central.

Pendant ce temps, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a choisi de passer par Ankara pour faire passer un message. Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue turc, il a mis en cause la crédibilité de Washington : « L’escalade récente des tensions par les forces américaines et leurs multiples violations du cessez-le-feu renforcent les soupçons sur la motivation et le sérieux de la partie américaine sur la voie de la diplomatie. » Une formulation qui, au-delà de son contenu, illustre la stratégie iranienne : répondre non pas à Trump directement, mais à travers des canaux indirects, brouillant ainsi le calendrier et complexifiant toute lecture de la situation.

Ce jeu d’attente n’est pas anodin. En prenant le contrôle du tempo, Téhéran contraint l’administration américaine à une posture d’attente inconfortable, surtout pour un président qui a construit une partie de son image sur la rapidité de décision et la fermeté de ton.

Une guerre personnelle qui fragilise Trump à l’intérieur

C’est précisément là que réside la dimension la plus délicate pour la Maison-Blanche. Selon Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), Trump se retrouve dans une position d’isolement croissant, y compris au sein de son propre camp : « Il lui faut un bout de papier à montrer aux Américains. Il se sent fragilisé depuis plusieurs semaines. Cette guerre n’est pas celle de son administration, c’est la sienne. Il l’a faite contre l’avis de son vice-président, de la secrétaire générale de la Maison-Blanche, des généraux du Pentagone et surtout de sa base. »

Cette fracture interne est d’autant plus préoccupante pour Trump qu’elle touche à son socle électoral le plus fidèle : la base MAGA (Make America Great Again). Ce mouvement, qui avait porté le candidat républicain en 2024 sur la promesse explicite de ne plus entraîner les États-Unis dans des conflits étrangers, se sent aujourd’hui dupé. L’engagement militaire contre l’Iran, mené sans consensus au sein de l’exécutif, est perçu par une partie de ces électeurs comme une trahison directe des engagements de campagne.

Les signaux de distanciation se multiplient. Des voix proches du mouvement conservateur américain commencent à critiquer ouvertement la décision d’entrer en guerre, une configuration rarissime sous la présidence Trump. Le chef de l’État, habitué à une loyauté quasi inconditionnelle de sa base, doit désormais gérer une érosion de soutien qui survient au pire moment : alors qu’aucune sortie de crise claire ne se dessine sur le front iranien.

La diplomatie sous pression, entre violations de cessez-le-feu et méfiance mutuelle

Les accusations iraniennes de violations répétées du cessez-le-feu ajoutent une couche supplémentaire de complexité à des négociations qui n’ont pas encore officiellement débuté. Si Washington nie ces accusations ou les minimise, Téhéran les utilise comme levier rhétorique pour justifier son refus de s’engager dans le cadre proposé par les Américains.

Cette posture iranienne n’est pas uniquement défensive. En conditionnant toute discussion à des gestes préalables de Washington — et en documentant publiquement chaque prétendue violation — la République islamique tente de retourner la pression morale sur l’administration Trump, tout en s’adressant à une communauté internationale attentive au respect du droit international et des trêves militaires.

Le détroit d’Ormuz reste au cœur des enjeux économiques. Ce passage stratégique, par lequel transite une part significative des exportations pétrolières mondiales, est devenu un point de friction central depuis le début des hostilités. Sa fermeture ou sa restriction continue d’exercer une pression sur les marchés énergétiques mondiaux, ajoutant une dimension économique à ce qui est déjà une crise diplomatique et militaire de premier plan.

Pour Trump, la fenêtre d’opportunité se rétrécit. Un accord, même partiel, lui permettrait de revendiquer un résultat diplomatique et de stabiliser sa position sur le plan intérieur. Mais Téhéran, qui maîtrise le calendrier, ne semble pas pressé d’offrir cette sortie à un président déjà affaibli par ses propres alliés. La cadence est iranienne. L’impatience, elle, est américaine.

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