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Compléments alimentaires en Tunisie : les pharmaciens montent au créneau

Le débat autour des compléments alimentaires en Tunisie prend une nouvelle dimension. Le Syndicat Tunisien des Pharmaciens d’Officine (STPO) a interpellé, ce samedi, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) pour revoir en profondeur le projet de loi encadrant ce secteur. Une démarche qui illustre les tensions croissantes entre les professionnels de santé et un marché […]

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Le débat autour des compléments alimentaires en Tunisie prend une nouvelle dimension. Le Syndicat Tunisien des Pharmaciens d’Officine (STPO) a interpellé, ce samedi, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) pour revoir en profondeur le projet de loi encadrant ce secteur. Une démarche qui illustre les tensions croissantes entre les professionnels de santé et un marché en pleine expansion, jugé insuffisamment régulé.

Un projet de loi jugé lacunaire par les pharmaciens tunisiens

Le STPO ne mâche pas ses mots : le texte législatif en cours d’examen ne répond pas aux exigences minimales de sécurité sanitaire que devrait imposer la réglementation d’un tel secteur. Les pharmaciens d’officine estiment que les compléments alimentaires, souvent perçus par le grand public comme des produits anodins, peuvent présenter des risques réels pour la santé lorsqu’ils sont commercialisés sans contrôle rigoureux.

Le syndicat insiste particulièrement sur la nécessité d’un encadrement clair des canaux de distribution. Aujourd’hui, ces produits circulent librement dans des épiceries, des grandes surfaces, des boutiques spécialisées, voire sur des plateformes de commerce en ligne, sans que les vendeurs n’aient de formation médicale ou pharmaceutique. Une situation que le STPO juge incompatible avec la protection de la santé des consommateurs tunisiens.

La profession pharmaceutique considère que la vente de ces substances devrait être réservée, ou à tout le moins strictement encadrée, par des professionnels habilités à orienter les patients sur les interactions médicamenteuses possibles, les contre-indications et les dosages appropriés. Un complément alimentaire mal utilisé ou combiné à un traitement médical peut, dans certains cas, aggraver l’état de santé d’un patient.

Un marché en forte croissance, mais peu surveillé

Le secteur des compléments alimentaires connaît une progression notable en Tunisie, portée par une demande croissante des consommateurs pour des produits de bien-être, de renforcement immunitaire ou de performance sportive. Cette tendance, accentuée depuis la pandémie de Covid-19, a attiré de nombreux acteurs commerciaux, pas toujours soucieux de transparence sur la composition ou l’origine de leurs produits.

Le problème est double : d’un côté, l’absence d’un cadre réglementaire solide laisse la porte ouverte à des produits de qualité douteuse, parfois importés sans vérification sérieuse de leur conformité. De l’autre, la prolifération des ventes en ligne complique considérablement toute tentative de traçabilité ou de contrôle post-commercialisation. Des produits peuvent ainsi être écoulés sur le marché tunisien sans avoir subi les analyses nécessaires pour garantir leur innocuité.

Les pharmaciens rappellent que certains compléments alimentaires contiennent des substances actives à des concentrations non négligeables, comme des vitamines liposolubles, des minéraux ou des extraits de plantes, dont l’accumulation dans l’organisme peut s’avérer toxique. La frontière entre complément alimentaire et médicament est parfois mince, ce qui justifie, selon le STPO, un niveau de vigilance comparable à celui appliqué aux spécialités pharmaceutiques.

Des revendications précises adressées aux législateurs

Dans son appel à l’ARP, le Syndicat Tunisien des Pharmaciens d’Officine formule plusieurs exigences concrètes. Il demande notamment que le projet de loi intègre des dispositions claires sur l’autorisation de mise sur le marché des compléments alimentaires, avec une procédure d’évaluation préalable menée par des instances compétentes, à l’image de ce qui se pratique dans plusieurs pays européens.

Le STPO réclame également un renforcement des sanctions à l’encontre des distributeurs qui ne respectent pas les règles de commercialisation. Il plaide pour une implication plus active des autorités sanitaires dans le suivi des produits déjà en circulation, avec des mécanismes de retrait rapide en cas de signalement d’effets indésirables.

Par ailleurs, le syndicat évoque la question de l’étiquetage. Trop de produits présents sur le marché tunisien affichent des informations incomplètes, voire trompeuses, sur leur composition, leurs effets attendus ou leurs précautions d’emploi. Une réglementation stricte de l’étiquetage permettrait aux consommateurs de faire des choix éclairés et aux professionnels de santé de mieux les accompagner.

Une demande d’arbitrage entre santé publique et liberté commerciale

La position du STPO soulève inévitablement des questions sur l’équilibre à trouver entre la protection de la santé publique et les impératifs économiques d’un secteur qui génère des emplois et des revenus fiscaux. Les importateurs et distributeurs de compléments alimentaires ne partagent pas tous la vision des pharmaciens et certains plaident pour un régime de déclaration simplifié plutôt que d’autorisation préalable, jugé trop contraignant pour le développement du marché.

Ce débat n’est pas propre à la Tunisie. Dans de nombreux pays, la classification des compléments alimentaires oscille entre réglementation alimentaire et réglementation pharmaceutique, créant des zones grises que les acteurs commerciaux exploitent parfois à leur avantage. La Commission européenne elle-même peine à harmoniser les règles entre ses États membres sur ce sujet.

Ce qui distingue la situation tunisienne, c’est la relative jeunesse du cadre réglementaire existant et la rapidité avec laquelle le marché a évolué ces dernières années, laissant les autorités en position de rattrapage. Le projet de loi examiné par l’ARP représente donc une opportunité rare de poser des bases solides avant que le secteur ne devienne encore plus difficile à réguler.

Le rôle central du pharmacien dans le système de santé

Au-delà de la question des compléments alimentaires, la démarche du STPO rappelle le positionnement que cherchent à consolider les pharmaciens tunisiens dans l’écosystème de santé national. Premiers interlocuteurs de santé accessibles sans rendez-vous, les pharmaciens d’officine revendiquent une place de conseil incontournable, y compris pour des produits qui ne relèvent pas strictement du médicament.

Cette ambition de jouer un rôle de filtre et d’orientation dans un environnement de plus en plus saturé d’offres de santé alternatives nécessite, selon le syndicat, que la loi reconnaisse et protège cette fonction. Tolérer une commercialisation anarchique de compléments alimentaires, c’est aussi, d’une certaine manière, affaiblir la crédibilité et l’utilité du réseau officinal.

Le dossier devrait prochainement revenir en discussion à l’ARP, où les arbitrages entre les différentes parties prenantes seront scrutés de près par la profession pharmaceutique, selon des informations relayées par MSN.

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