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Carthage Commodities : la Tunisie veut fixer le prix de son huile d’olive

Exporter des volumes croissants tout en voyant ses recettes diminuer : c’est la réalité paradoxale que vit la Tunisie sur le marché de l’huile d’olive. Selon les dernières statistiques de l’Onagri, les exportations tunisiennes du précieux liquide ont bondi de 60 %, tandis que les revenus générés ont, dans le même temps, reculé de 16,3 […]

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Exporter des volumes croissants tout en voyant ses recettes diminuer : c’est la réalité paradoxale que vit la Tunisie sur le marché de l’huile d’olive. Selon les dernières statistiques de l’Onagri, les exportations tunisiennes du précieux liquide ont bondi de 60 %, tandis que les revenus générés ont, dans le même temps, reculé de 16,3 %. Ce décalage révèle une vulnérabilité structurelle : les prix sont dictés ailleurs, principalement sur les marchés européens, et la Tunisie les subit sans pouvoir les influencer. C’est précisément pour rompre avec cette logique qu’est né le projet « Carthage Commodities », une initiative portée conjointement par Kamel Naoui, professeur de finance et directeur du laboratoire des risques financiers à l’École supérieure de commerce de Tunis, et Bilel Sahnoun, directeur général de la Bourse de Tunis.

De « price taker » à « price maker » : l’ambition derrière le projet

L’idée centrale du projet, telle que défendue par ses initiateurs, est de doter la Tunisie d’un marché organisé des matières premières agricoles, capable de générer des prix de référence sur son propre sol. Kamel Naoui résume l’enjeu en une formule claire : « Pour contribuer au marché mondial, il ne suffit pas d’être présent en volume. Il faut aussi devenir un price maker. » Autrement dit, peser sur la formation des prix, et non plus simplement les accepter.

Le choix de l’huile d’olive comme produit inaugural n’est pas anodin. La Tunisie figure parmi les premiers producteurs mondiaux, avec un savoir-faire millénaire. Kamel Naoui a d’ailleurs tenu à ancrer le projet dans la profondeur historique du pays, rappelant que le nom « Carthage Commodities » fait directement écho au rôle de puissance commerciale qu’a joué Carthage en Méditerranée antique, jusqu’aux écrits agronomiques de Magon, figure emblématique de l’agriculture punique. Pour le professeur, cet héritage confère à la Tunisie une légitimité naturelle à revendiquer une place centrale dans le commerce régional des matières premières.

Mais la plateforme envisagée ne s’arrêterait pas à l’huile d’olive. À terme, d’autres produits pour lesquels la Tunisie détient des avantages comparatifs avérés — les dattes et les phosphates ont été expressément mentionnés — pourraient intégrer ce marché. L’objectif à long terme est de faire de la Tunisie une référence régionale dans le négoce des commodités agricoles et minières.

Contrats à terme, blockchain et entrepôts certifiés : les piliers techniques du projet

Sur le plan opérationnel, « Carthage Commodities » repose sur une architecture à plusieurs niveaux, alliant des outils financiers modernes à des infrastructures physiques et numériques. Kamel Naoui a détaillé les contours de ce dispositif en s’appuyant sur des exemples africains concluants : l’Éthiopie, le Ghana et l’Afrique du Sud ont déjà mis en place des marchés organisés de matières premières qui servent de modèles, notamment pour leur capacité à structurer les échanges, à améliorer la transparence tarifaire et à protéger les producteurs contre les excès de volatilité.

Les contrats à terme et les produits dérivés constituent la colonne vertébrale financière du projet. Ces instruments, largement répandus sur les grandes places mondiales, permettent aux opérateurs de sécuriser leurs revenus futurs en fixant aujourd’hui les conditions de ventes qui interviendront demain. Pour les producteurs et exportateurs tunisiens, exposés aux soubresauts des cours internationaux, il s’agit d’un levier de stabilisation économique crucial. Kamel Naoui a cependant insisté sur une condition préalable non négociable : l’introduction de ces mécanismes devra s’accompagner d’un cadre réglementaire rigoureux pour prévenir toute dérive spéculative et garantir que leur usage reste cantonné à la couverture des risques.

Une infrastructure à construire de toutes pièces

Au-delà de la dimension financière, la mise en œuvre du projet suppose des investissements structurels importants. Plusieurs prérequis ont été identifiés par Kamel Naoui. En premier lieu, une réforme du cadre législatif tunisien s’impose pour autoriser l’émergence d’un marché des commodités et de produits dérivés, un vide juridique actuel qu’il faudra combler.

Ensuite, des infrastructures physiques adaptées devront être déployées : entrepôts agréés et certifiés, capables d’accueillir les marchandises dans des conditions conformes aux standards internationaux, et laboratoires habilités à attester de la qualité des produits. Ces deux éléments conditionnent la crédibilité de toute transaction sur ce type de marché.

La dimension numérique est tout aussi déterminante. Une plateforme digitale intégrant des technologies de type blockchain est envisagée pour assurer la traçabilité complète des marchandises, depuis leur production jusqu’à leur livraison. Ce dispositif garantirait la transparence des stocks, la certification des lots et l’intégrité des transactions. « Il faut qu’il y ait un prix référentiel établi sur le territoire tunisien », a martelé Kamel Naoui, voyant dans ce signal de prix un outil d’orientation pour les producteurs, les exportateurs et les investisseurs nationaux comme étrangers.

La Bourse de Tunis dans la boucle

Bilel Sahnoun, directeur général de la Bourse de Tunis, a apporté l’éclairage opérationnel et institutionnel du projet. Sans trancher définitivement sur la question de la gouvernance, il a évoqué plusieurs configurations possibles pour la structure qui accueillerait ce futur marché des matières premières. L’une des options envisagées serait la création d’un compartiment spécialisé au sein de la Bourse de Tunis existante ; une autre piste consisterait à établir une plateforme entièrement distincte et autonome. Le choix final dépendra vraisemblablement des arbitrages réglementaires et des priorités stratégiques des pouvoirs publics.

Le financement adossé aux stocks figure également parmi les mécanismes étudiés. Ce type de dispositif permettrait aux opérateurs de mobiliser des liquidités en utilisant leurs stocks physiques comme garantie, offrant ainsi une solution de financement alternative aux circuits bancaires traditionnels, souvent insuffisamment adaptés aux spécificités du secteur agricole.

Un projet à l’intersection de la souveraineté économique et de la modernisation financière

Pour Kamel Naoui, la démarche dépasse le cadre purement technique ou financier. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté économique de la Tunisie, sa capacité à valoriser ses ressources nationales et à renforcer le rôle des institutions académiques dans la construction de politiques publiques concrètes. Le professeur a tenu à souligner que ce projet est le fruit d’une volonté de rapprocher l’université du tissu économique réel, en travaillant sur des problématiques qui touchent directement la compétitivité du pays.

La question de la valorisation des exportations agricoles tunisiennes est loin d’être nouvelle, mais elle se pose avec une acuité renouvelée dans un contexte de forte volatilité des marchés mondiaux et de pression croissante sur les équilibres commerciaux du pays. « Carthage Commodities » se présente comme une réponse structurelle à cette problématique, encore au stade de la conception, mais dont les fondements théoriques et les ambitions pratiques ont été clairement exposés par ses promoteurs, tels que relayés par Business News.

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