• Home  
  • Tunisie-UE : Tunis réclame une refonte de l’accord d’association
- Politique

Tunisie-UE : Tunis réclame une refonte de l’accord d’association

Trente ans après la signature de l’Accord d’association de 1995, la Tunisie hausse le ton et réclame une refonte profonde du cadre régissant ses relations avec l’Union européenne. Un partenariat historique que Tunis juge aujourd’hui déséquilibré, insuffisamment adapté aux réalités économiques contemporaines et aux ambitions souveraines du pays. Un partenariat trentenaire à l’épreuve des mutations […]

Politique Tunisie - Tunisia Business

Trente ans après la signature de l’Accord d’association de 1995, la Tunisie hausse le ton et réclame une refonte profonde du cadre régissant ses relations avec l’Union européenne. Un partenariat historique que Tunis juge aujourd’hui déséquilibré, insuffisamment adapté aux réalités économiques contemporaines et aux ambitions souveraines du pays.

Un partenariat trentenaire à l’épreuve des mutations mondiales

C’est lors de la Journée de l’Europe, organisée vendredi par la délégation de l’UE en Tunisie, que le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a formulé avec clarté la position de Tunis. Tout en qualifiant les relations tuniso-européennes d’«historiques», il a insisté sur la nécessité de les faire évoluer vers plus d’équilibre, d’équité et de respect des priorités nationales. Une façon diplomatique mais ferme de signaler que le statu quo n’est plus tenable.

L’histoire de ce partenariat remonte bien avant 1995. Dès 1956, année de son indépendance, la Tunisie a cherché à tisser des liens durables avec l’Europe. Un premier accord commercial avec la Communauté économique européenne (CEE) avait été conclu en 1969, suivi d’un accord de coopération élargi en 1976. Mais c’est l’Accord d’association, signé en juillet 1995 et entré en vigueur en 1998, qui a constitué le véritable tournant. La Tunisie devenait ainsi le premier pays du sud de la Méditerranée à franchir ce cap avec l’UE.

Cet accord a instauré une zone de libre-échange pour les produits industriels, avec un démantèlement tarifaire progressif appliqué entre 1996 et 2008. Les exportations industrielles tunisiennes accèdent au marché européen sans droits de douane, et réciproquement. En parallèle, des programmes d’accompagnement ont soutenu la mise à niveau des entreprises tunisiennes, d’abord via le programme Meda (1995-2006), puis à travers l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP) à partir de 2007. Ce dispositif a également été articulé autour du processus euro-méditerranéen de Barcelone et de l’Union pour la Méditerranée (UpM), auxquels Tunis participe depuis leur création.

Malgré cette architecture institutionnelle dense — Conseil d’association, Comité d’association, sous-comités sectoriels — la Tunisie considère, selon le ministère des Affaires étrangères, que ce partenariat reste incomplet. L’UE demeure certes le premier partenaire économique et commercial du pays, mais les autorités tunisiennes estiment que les termes de l’échange sont restés trop longtemps asymétriques.

Les limites d’un accord conçu pour une autre époque

L’Accord de 1995 a été pensé dans un contexte radicalement différent de celui d’aujourd’hui. Centré essentiellement sur les flux de marchandises industrielles, il ne reflète plus la complexité des échanges économiques actuels. L’essor du numérique, les impératifs de la transition énergétique, les exigences environnementales croissantes ou encore les enjeux de sécurité alimentaire et énergétique n’entrent pas dans son périmètre initial. Trente ans plus tard, ce cadre apparaît partiellement obsolète face à l’économie mondialisée du XXIe siècle.

C’est dans ce constat partagé que s’inscrit la démarche tunisienne. Le président de la République Kaïs Saïed avait lui-même soulevé cette question lors d’un entretien téléphonique avec le président français Emmanuel Macron, le 20 mars dernier, plaidant pour un accord «plus équilibré et plus juste». Cette position a été réaffirmée par Mohamed Ali Nafti lors d’un échange avec la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, consacré aux perspectives de renforcement de la coopération bilatérale.

Du côté européen, le discours officiel met régulièrement en avant le statut avancé accordé à la Tunisie après la révolution de 2011, ainsi que l’ampleur du soutien financier mobilisé. Tunis reconnaît ces avancées, mais les juge insuffisantes au regard des transformations intervenues de part et d’autre de la Méditerranée. Les autorités tunisiennes pointent notamment l’accès limité des produits agricoles et agroalimentaires au marché européen, la faible participation des PME tunisiennes aux marchés publics européens, ou encore le niveau insuffisant des investissements directs étrangers dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

Vers un partenariat rééquilibré autour de cinq axes stratégiques

La révision souhaitée par Tunis ne remet pas en cause les fondements du partenariat, mais vise à en modifier la nature et la profondeur. Selon le ministère des Affaires étrangères tunisien, l’objectif est de passer d’une logique de simple coopération à une dynamique d’approfondissement et de complémentarité, ancrée dans les principes de co-responsabilité, de solidarité, de respect de la souveraineté et de non-ingérence.

Parmi les chantiers prioritaires évoqués figurent l’amélioration des conditions d’accès des produits agricoles tunisiens au marché européen, le développement de la transition énergétique et de la transformation numérique, ainsi que le renforcement des investissements dans les filières à haute valeur ajoutée. Ces axes correspondent aux domaines dans lesquels la Tunisie estime avoir le plus à gagner d’une révision substantielle des termes du partenariat.

Une étape concrète a déjà été franchie en juillet 2023, avec la signature d’un mémorandum d’entente portant sur un partenariat stratégique et global entre les deux parties. Ce texte, rapporte Kapitalis, a réaffirmé la volonté commune de relancer les relations bilatérales autour de cinq piliers : la stabilité macroéconomique, le commerce et l’économie, la transition énergétique, le rapprochement entre les peuples, et enfin la migration et la mobilité.

Ce dernier volet reste particulièrement sensible. La question migratoire occupe une place centrale dans le dialogue tuniso-européen, parfois au détriment d’autres dimensions jugées tout aussi stratégiques par Tunis. Les autorités tunisiennes cherchent précisément à rééquilibrer cet agenda en faisant valoir la globalité de leurs intérêts et en refusant que la coopération soit réduite à un seul prisme sécuritaire ou migratoire.

La proximité géographique et les liens historiques entre les deux rives de la Méditerranée constituent, selon le ministère des Affaires étrangères, un socle sur lequel peut s’édifier un partenariat renouvelé. L’Accord de 1995 reste une base juridique solide, mais Tunis est désormais résolu à en négocier une mise à jour substantielle, à la hauteur des défis et des opportunités du moment.

Qui Sommes nous ?

Tunisia Business est un journal d’information numérique, qui relate l’actualité tunisienne, arabe et internationale, et toute l’information sur la politique, l’économie, la société, le sport, la culture, l’environnement et le high-tech.

Email Us: contact@tunisiabusiness.tn

Contact: +216 70 287 718

Tunisia Business  @2026. All Rights Reserved.