Le 7 mai 2026, à Tunis, chercheurs, diplomates, représentants institutionnels et partenaires internationaux se sont réunis pour marquer la fin d’un cycle. Trois années de collaboration entre l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ) et le projet « Savoirs Éco » ont pris fin lors d’une cérémonie de clôture qui a mis en lumière des résultats tangibles : deux modèles économétriques développés, une plateforme de données lancée, treize rencontres-débats transformées en notes de politique économique et un premier congrès international organisé. Porté par Expertise France et financé à hauteur de 4,5 millions d’euros par l’Union européenne, ce partenariat a été unanimement salué comme une expérience « transformatrice » pour l’institution tunisienne.
Une alliance scientifique franco-tunisienne aux ambitions affirmées
La cérémonie a mobilisé l’ensemble des parties prenantes qui ont contribué, à des degrés divers, à l’essor de ce partenariat, classé parmi les plus significatifs du portefeuille d’Expertise France en Tunisie. Les prises de parole ont dessiné un tableau plus large que celui du seul projet Savoirs Éco, révélant l’étendue de la coopération scientifique et technique entre la France et la Tunisie.
Anne Guéguen, ambassadrice de France en Tunisie, a rappelé les contours de cette relation bilatérale dans le domaine de la recherche. Entre 2011 et 2026, ce sont près de 10 millions d’euros qui ont été investis, à travers 1 200 projets financés, 2 000 doctorants formés en cotutelle et 800 000 euros mobilisés annuellement dans des partenariats mixtes de recherche couvrant des champs aussi divers que le changement climatique ou l’intelligence artificielle. L’ambassadrice a également évoqué trois missions archéologiques franco-tunisiennes actives sur les sites d’Haïdra, Béja et Thapsus.
Dans ce contexte, Anne Guéguen a insisté sur la centralité de la recherche appliquée dans la conception des politiques publiques. « La production de savoirs économiques est capitale, mais elle constitue la base de l’édifice », a-t-elle déclaré, plaidant pour la multiplication de projets analogues à Savoirs Éco. Un appel qui résonne avec les priorités actuelles de la coopération franco-tunisienne, particulièrement dans un contexte où les besoins en expertise économique restent prégnants.
Marco Stella, chef de section de développement économique à la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, a pour sa part ancré Savoirs Éco dans la dynamique plus globale du soutien européen à la gouvernance économique tunisienne, engagé dès 2021. Ce qui distingue le projet selon lui, c’est sa décision délibérée de travailler en profondeur avec les structures institutionnelles nationales, plutôt que de leur substituer des dispositifs extérieurs. Il a salué une ITCEQ aujourd’hui mieux armée pour nourrir les débats de politique publique et accompagner les réflexions sur le développement durable.
Un bilan opérationnel qui dépasse les indicateurs chiffrés
Alaya Becheikh, directeur général de l’ITCEQ, a structuré son intervention autour de trois dimensions qui, selon lui, expliquent le succès de la collaboration. La première tient à la nature multidimensionnelle de l’approche retenue : Savoirs Éco n’a pas agi sur un seul levier, mais a simultanément renforcé le capital institutionnel, humain et organisationnel de l’Institut. La deuxième réside dans la cohérence entre le projet et la stratégie de transformation 2023-2025 de l’ITCEQ, deux dynamiques qui se sont alimentées mutuellement. La troisième, enfin, concerne la qualité des relations entre les équipes des deux parties, une gestion partenariale qualifiée d’exemplaire.
« Plus qu’un simple appui, Savoirs Éco a apporté une rigueur et une exigence professionnelle qui ont stimulé nos équipes à donner le meilleur d’elles-mêmes », a affirmé Alaya Becheikh, soulignant que l’impact du projet déborde largement le cadre des livrables techniques pour toucher à la culture de travail de l’institution.
Le bilan le plus détaillé est venu de Nejla Koubaa, coordinatrice du projet au sein de l’ITCEQ, qui a présenté les réalisations concrètes accomplies en trois ans. Sur le volet de la modélisation économique, deux outils majeurs ont été construits. Le premier est un modèle intégrateur qui croise les données d’enquête propres à l’ITCEQ avec des bases de données internationales, offrant une capacité d’analyse inédite à l’Institut. Le second est un modèle de prospective à long terme, adapté aux spécificités du contexte tunisien à partir d’un outil de référence internationale.
Une infrastructure numérique modernisée
Sur le plan des systèmes d’information, le projet a conduit à un diagnostic complet de l’existant, lequel a débouché sur le lancement d’un projet de plateforme intégrée de données. Cette infrastructure numérique est appelée à transformer en profondeur la manière dont l’Institut produit, organise et diffuse ses connaissances. La refonte du site institutionnel de l’ITCEQ s’inscrit dans le même mouvement de modernisation.
Des chercheurs formés, des débats convertis en action
Au-delà des outils, c’est la montée en compétences des équipes qui retient l’attention. L’ensemble des chercheurs de l’ITCEQ a bénéficié de formations couvrant trois domaines : l’évaluation des politiques publiques, l’analyse de données et la prise de parole en public. Des compétences transversales qui renforcent durablement le capital intellectuel de l’institution.
Les treize rencontres-débats organisées depuis le lancement du projet ont toutes été converties en notes de politique économique, un format court et opérationnel qui facilite leur appropriation par les décideurs. Cette démarche systématique de valorisation des discussions illustre une volonté de ne pas laisser la réflexion s’arrêter aux portes de l’Institut. L’année 2025 a par ailleurs marqué une première historique pour l’ITCEQ, avec l’organisation de son premier congrès international, une étape symbolique qui consacre la montée en visibilité de l’institution sur la scène régionale et internationale.
Rapporté par L’Economiste Maghrébin, ce bilan traduit une réalité que les participants ont souhaité mettre en avant : l’impact de Savoirs Éco ne se mesure pas uniquement en livrables produits ou en formations dispensées, mais dans la transformation durable d’une institution publique tunisienne, désormais mieux positionnée pour peser dans les débats économiques nationaux et contribuer à l’élaboration de politiques publiques fondées sur la preuve.


