La Chambre de Commerce Tunisie-Madagascar (CCTM) et le Groupement du Patronat Malgache (FIVMPAMA) ont officialisé leur rapprochement par la signature d’un protocole d’accord destiné à concrétiser les opportunités économiques entre les deux pays. Une initiative qui intervient dans un contexte où les flux commerciaux bilatéraux demeurent largement en deçà de leur potentiel réel, selon les données communiquées mercredi par la CCTM.
Un cadre structuré pour activer les opportunités bilatérales
Le protocole signé entre la CCTM et le FIVMPAMA pose les bases d’une coopération économique plus structurée entre entreprises tunisiennes et malgaches. Au cœur du dispositif : l’organisation de rencontres B2B et de missions économiques croisées, pensées pour créer des passerelles directes entre les opérateurs des deux pays. Ces rendez-vous d’affaires visent à dépasser les déclarations d’intention pour déboucher sur des projets concrets et mesurables.
Le partenariat intègre également un volet de partage d’informations stratégiques, jugé essentiel pour orienter les entreprises dans leur démarche d’accès aux marchés respectifs. La circulation de données fiables sur les réglementations, les opportunités sectorielles et les conditions d’investissement constitue souvent le premier obstacle auquel se heurtent les opérateurs souhaitant s’implanter dans un nouveau pays. La CCTM et le FIVMPAMA entendent précisément lever ce frein en instaurant un flux continu d’informations entre leurs membres.
Par ailleurs, les deux organisations se sont engagées à promouvoir conjointement le savoir-faire de leurs adhérents sur la scène internationale. Cette dimension de visibilité mutuelle s’accompagne d’un programme de renforcement des capacités entrepreneuriales, articulé autour de formations et d’échanges d’expertise. L’objectif est de doter les chefs d’entreprise des deux pays des outils nécessaires pour saisir les opportunités offertes par ce partenariat.
Des tarifs préférentiels pour encourager l’intégration au réseau
L’une des mesures concrètes prévues par cet accord concerne directement les membres du FIVMPAMA, qui bénéficieront de conditions tarifaires avantageuses pour rejoindre le réseau de la Chambre de Commerce Tunisie-Madagascar. Cette disposition témoigne d’une volonté d’abaisser les barrières à l’entrée et de faciliter l’intégration des entrepreneurs malgaches dans un écosystème tunisien encore peu familier pour beaucoup d’entre eux.
En rendant l’adhésion plus accessible financièrement, les deux organisations espèrent élargir leur base de membres actifs et, par extension, multiplier les interactions entre communautés d’affaires. Ce type d’incitation pratique reflète une approche pragmatique du développement des échanges, centrée sur la réduction des coûts d’entrée pour les opérateurs souhaitant explorer de nouveaux marchés.
Ce signal d’ouverture s’inscrit dans une dynamique plus large de repositionnement de la Tunisie sur le continent africain. Depuis plusieurs années, les autorités et les acteurs économiques tunisiens cherchent à diversifier leurs partenariats commerciaux vers l’Afrique subsaharienne, un espace jugé porteur mais encore insuffisamment exploité. Madagascar, avec sa position stratégique dans l’océan Indien et son économie en développement, représente un terrain d’opportunités pour les exportateurs et investisseurs tunisiens.
Des échanges encore modestes malgré un potentiel réel
Les chiffres mis en avant par la CCTM illustrent l’ampleur du chemin à parcourir. En 2024, les exportations malgaches vers la Tunisie ont atteint 2,39 millions de dollars, tandis que les importations de produits tunisiens par Madagascar se sont établies à 12,09 millions de dollars, principalement dans les secteurs industriels et agroalimentaires. Des volumes qui, rapportés au commerce extérieur total des deux économies, représentent moins de 0,3 %, un niveau qui confirme le caractère encore marginal de cette relation commerciale.
Ce déséquilibre en faveur des exportations tunisiennes n’est pas surprenant : la Tunisie dispose d’une base industrielle et agroalimentaire relativement diversifiée, capable de fournir des produits transformés compétitifs sur les marchés africains. Les secteurs concernés — industries manufacturières, produits alimentaires, matériaux de construction — font partie des domaines où les entreprises tunisiennes ont développé une expertise reconnue à l’export.
Du côté malgache, les exportations vers la Tunisie restent limitées à ce stade, ce qui laisse entrevoir une marge de progression significative si des canaux commerciaux adéquats sont mis en place. Madagascar dispose en effet de ressources naturelles et de productions agricoles — vanille, girofle, litchis, fruits de mer — susceptibles de trouver des débouchés sur le marché tunisien, sous réserve que les opérateurs des deux pays parviennent à identifier et structurer ces filières d’échanges.
La CCTM souligne d’ailleurs que la faiblesse des échanges actuels est davantage liée à un déficit de connexions directes entre acteurs économiques qu’à une absence réelle de complémentarités. C’est précisément l’objectif de cet accord : créer les conditions d’une mise en relation systématique entre entreprises tunisiennes et malgaches, en s’appuyant sur les mécanismes de rencontres B2B et de missions économiques prévus dans le protocole.
Selon les informations relayées par Webmanagercenter, cet accord s’inscrit dans un agenda plus large de la CCTM, qui multiplie les initiatives pour ancrer la Tunisie dans les réseaux économiques africains. Le partenariat avec le FIVMPAMA constitue ainsi une étape supplémentaire dans cette stratégie de déploiement, qui repose sur des structures patronales locales pour faciliter l’accès aux marchés et réduire les risques liés à la méconnaissance des environnements d’affaires.
Pour les entreprises tunisiennes actives dans les secteurs industriels, agroalimentaires ou de services, Madagascar représente un marché de 30 millions d’habitants dont les importations sont encore largement dominées par des fournisseurs asiatiques et européens. Un positionnement précoce, facilité par un cadre de coopération institutionnel comme celui que vient de sceller la CCTM avec le FIVMPAMA, pourrait offrir un avantage compétitif non négligeable aux opérateurs tunisiens désireux de diversifier leur présence géographique.


