En marge du 15ème forum des chefs d’état-major des forces aériennes africaines (AAAF), qui se tient à Tunis du 13 au 15 mai 2026, le ministre tunisien de la Défense nationale, Khaled Sehili, a tenu une rencontre bilatérale avec le général Jason T. Hinds, commandant des forces aériennes américaines déployées en Europe et en Afrique. Cet échange, rapporté par Webmanagercenter, illustre la dynamique croissante d’une coopération militaire qui dépasse le cadre purement opérationnel pour s’inscrire dans une vision stratégique à long terme.
Un partenariat historique qui se consolide sur le terrain
La rencontre entre Khaled Sehili et le général Hinds n’a pas été de pure courtoisie protocolaire. Le ministre tunisien a tenu à souligner la robustesse des liens qui unissent Tunis et Washington, tout en insistant sur l’avancement concret de la feuille de route bilatérale en matière de défense. Ces relations, ancrées dans une longue tradition d’amitié, reposent selon lui sur des valeurs partagées, un respect mutuel et une convergence d’intérêts régionaux.
La coopération militaire entre les deux pays ne se cantonne pas au transfert d’équipements ou au soutien logistique. Elle couvre un spectre bien plus large : programmes d’entraînement conjoints, échanges d’expertise, formation académique militaire et exercices opérationnels communs. C’est précisément cette diversité qui confère à ce partenariat une profondeur que peu d’alliances bilatérales en Afrique du Nord peuvent revendiquer.
Le général Jason T. Hinds a, pour sa part, mis en avant les compétences reconnues de l’Armée de l’air tunisienne, notamment dans les domaines de la formation et de l’entraînement. Il a réaffirmé la volonté de Washington de maintenir et d’approfondir cette coopération, en soutenant activement le développement des capacités aériennes tunisiennes. Un engagement présenté comme mutuellement bénéfique, au service des intérêts stratégiques des deux nations.
La Tunisie, future plateforme régionale de formation militaire ?
L’un des points saillants de cet échange réside dans l’ambition affichée par Tunis de se positionner comme un hub régional en matière de formation et d’entraînement militaire. Khaled Sehili a défendu cette perspective en insistant sur le rôle stabilisateur que joue la Tunisie dans le bassin méditerranéen. Pays charnière entre l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient, la Tunisie entend valoriser cette position géographique et diplomatique pour s’ériger en pôle de référence, selon les standards internationaux en vigueur.
Cette ambition n’est pas nouvelle, mais elle prend une consistance particulière dans le contexte actuel. L’organisation du forum AAAF sur le sol tunisien — une réunion qui rassemble les plus hauts responsables des forces aériennes du continent africain — témoigne déjà d’une reconnaissance internationale du savoir-faire tunisien en matière militaire. Accueillir un tel événement à sa 15ème édition n’est pas anodin : cela confirme la crédibilité de la Tunisie comme interlocuteur fiable sur les questions de sécurité régionale.
Le ministre a également formulé des attentes précises quant à l’évolution future de cette coopération. Il a exprimé le souhait de voir progresser les méthodes pédagogiques et les programmes d’enseignement militaire, avec un accent particulier sur les sciences de l’espace et de l’aviation. Un domaine en pleine transformation à l’échelle mondiale, où la maîtrise technologique devient un enjeu de souveraineté autant que de sécurité.
Le forum AAAF, cadre propice aux échanges stratégiques
Le choix de la Tunisie pour accueillir cette édition du forum des chefs d’état-major des forces aériennes africaines n’est pas indépendant des discussions bilatérales qui s’y déroulent en parallèle. Ce type de rendez-vous multilatéral offre un espace privilégié pour des rencontres en marge, souvent plus décisives que les sessions plénières elles-mêmes. La réunion Sehili-Hinds en est une illustration directe.
Le forum AAAF, qui réunit des responsables militaires de plusieurs pays africains sous l’égide des forces aériennes américaines en Afrique, constitue un vecteur d’influence diplomatique autant qu’un cadre de partage d’expertises opérationnelles. Pour la Tunisie, participer à cette dynamique continentale tout en entretenant un dialogue bilatéral soutenu avec Washington renforce sa stature de partenaire incontournable dans le dispositif sécuritaire de la région.
La coopération tuniso-américaine dans le domaine militaire s’inscrit dans un cadre plus global de relations entre les deux pays, qui couvrent également les sphères économique, diplomatique et culturelle. Mais c’est dans le domaine de la défense que les interactions semblent les plus structurées et les plus régulières, avec des mécanismes de concertation établis et une feuille de route dont la mise en œuvre est suivie de près par les deux parties.
Pour Washington, la Tunisie reste un partenaire de premier plan en Afrique du Nord, dans une région où les équilibres sécuritaires sont fragiles et les transitions politiques complexes. Maintenir une coopération militaire solide avec Tunis répond à des impératifs stratégiques qui vont bien au-delà de la simple relation bilatérale. Le soutien aux capacités aériennes tunisiennes s’inscrit dans cette logique de stabilisation régionale à laquelle les États-Unis accordent une priorité constante.


