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Tunisie-UE : les dessous d’un partenariat stratégique à réinventer

Le 9 mai, journée symbolique pour l’Union européenne, a été l’occasion pour la délégation de l’UE à Tunis de défendre publiquement l’architecture de sa coopération avec la Tunisie. Migration, économie, modernisation de l’accord d’association : Bruxelles a affiché une lecture assumée de ses relations avec Tunis, dans un contexte où ce partenariat fait l’objet de […]

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Le 9 mai, journée symbolique pour l’Union européenne, a été l’occasion pour la délégation de l’UE à Tunis de défendre publiquement l’architecture de sa coopération avec la Tunisie. Migration, économie, modernisation de l’accord d’association : Bruxelles a affiché une lecture assumée de ses relations avec Tunis, dans un contexte où ce partenariat fait l’objet de critiques croissantes sur sa nature et ses équilibres.

Migration : Bruxelles réfute l’accusation d’externalisation

L’une des tensions les plus récurrentes autour du partenariat tuniso-européen porte sur la dimension migratoire. L’UE est régulièrement accusée de déléguer à Tunis le contrôle des flux migratoires vers les côtes européennes, transformant de facto la Tunisie en un verrou au service des intérêts de Bruxelles. L’ambassadeur Giuseppe Perrone a frontalement contesté cette lecture lors des célébrations de la Journée de l’Europe organisées à Tunis.

« La Tunisie a un intérêt propre à lutter contre la migration irrégulière et contre les trafiquants d’êtres humains. Nous ne sommes pas en train d’externaliser un problème », a-t-il déclaré, soulignant que les autorités tunisiennes ont elles-mêmes exprimé leur refus catégorique de voir le pays servir de base arrière aux réseaux de passeurs. Pour l’ambassadeur, la coopération en matière migratoire repose sur une convergence d’intérêts réelle, et non sur un rapport de sous-traitance.

La vision défendue par Bruxelles se veut globale : elle inclut la lutte contre les filières criminelles, le renforcement des capacités de surveillance des frontières, l’appui aux organisations internationales intervenant dans les retours volontaires, la protection des réfugiés, mais aussi le développement de voies légales de mobilité entre les deux rives. L’objectif affiché n’est pas de bloquer les flux, mais de les organiser dans un cadre structuré, selon des règles partagées.

Le mémorandum d’entente conclu en 2023 entre l’UE et la Tunisie, présenté comme un instrument de coopération de nouvelle génération, avance toutefois à vitesse variable. Tom Ashwanden, chef de la coopération à la délégation européenne, reconnaît des progrès sensibles sur les volets migratoire et énergétique, mais une progression plus lente sur le commerce et plus nuancée sur la société civile. Ce texte, précise-t-il, n’a pas vocation à être figé : il est appelé à évoluer en fonction des priorités communes et des réalités institutionnelles des deux parties.

Un partenariat économique toujours central, mais à moderniser

Sur le terrain économique, les chiffres avancés par la délégation européenne donnent la mesure de l’imbrication entre les deux économies. L’Union européenne concentre 70% du commerce extérieur tunisien. La balance commerciale bilatérale est excédentaire pour Tunis. Près de 90% des nouveaux investissements directs étrangers entrant en Tunisie proviennent d’entreprises européennes. L’accord d’association, signé en 1995, contribue à hauteur de 1,3% du PIB tunisien et a profondément structuré l’intégration de l’industrie locale dans les chaînes de valeur du continent.

Face aux critiques qui qualifient ce modèle de « déséquilibré » ou « dépassé », Perrone a adopté une position tranchée : « Le partenariat n’est pas dépassé. Il fonctionne, il crée de la valeur et il doit maintenant se renouveler. » Selon Webmanagercenter, qui a relayé ces déclarations, l’UE revendique un engagement financier de 1,344 milliard d’euros à travers 88 projets actifs, ayant contribué à la création ou au maintien de 480 000 emplois en Tunisie.

Des résultats concrets ont été cités pour illustrer l’impact de ces financements. Les potiers de Moknine ont doublé leurs exportations en cinq ans. Les producteurs d’alfa dans le Sud tunisien ont triplé leur chiffre d’affaires. Des centaines d’artisans ont bénéficié d’un accompagnement technique ciblé. Des radios régionales ont été soutenues dans le cadre du programme P2. Tom Ashwanden a également insisté sur la transparence du processus : chaque décision de financement est rendue publique, validée par les États membres, formulée en concertation avec le ministère tunisien de l’Économie, et soumise à des audits indépendants.

Reste que l’accord de 1995 accuse son âge face aux transformations de l’économie mondiale. Perrone plaide pour une modernisation substantielle intégrant le numérique, l’intelligence artificielle, les services, la transition énergétique et les nouvelles formes d’industrie. Il ne s’agit pas, selon lui, de rompre avec l’héritage du partenariat, mais d’en actualiser les fondements pour répondre aux défis des prochaines décennies.

Fiabilité et réciprocité : les mots clés d’un partenariat sous tension

La diversification des partenariats extérieurs de la Tunisie, notamment vers la Chine ou l’Inde, amène l’Union européenne à mettre en avant un argument de différenciation : sa fiabilité structurelle. Dans un environnement international fragmenté, marqué par la montée des tensions commerciales et l’instabilité géopolitique, Bruxelles se présente comme un partenaire attaché au multilatéralisme, aux règles du commerce international et aux droits humains. « Dans un monde instable, l’Union européenne reste un partenaire fiable », a insisté Perrone.

Sur les secteurs jugés sensibles, comme la justice ou les médias, l’avancement des projets a été plus laborieux. L’ambassadeur reconnaît les retards, mais maintient le cap : « Ce sont des secteurs prioritaires. Nous continuerons à les soutenir. » Cette position traduit une volonté de ne pas réduire le partenariat à sa seule dimension économique ou sécuritaire, même si ces deux axes dominent la relation au quotidien.

Derrière la mise en avant des chiffres et des projets, une question de fond traverse ce partenariat : celle de la réciprocité réelle et de la place accordée à la Tunisie en tant qu’acteur souverain. L’UE, dans son discours, insiste sur la convergence d’intérêts plutôt que sur une logique de conditionnalité. Mais la perception d’un déséquilibre structurel entre les deux parties reste prégnante dans les débats tunisiens, et aucun discours diplomatique ne saurait, seul, y répondre. C’est précisément ce que la modernisation annoncée de l’accord d’association devra, concrètement, démontrer.

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