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Dinar tunisien : la dépréciation face au dollar inquiète les experts

À fin mars 2026, le dinar tunisien affichait un recul de 1,5% face au dollar américain par rapport à son niveau de fin 2025, selon les chiffres officiels de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Un glissement supplémentaire qui vient s’ajouter à une tendance de fond entamée depuis plus d’une décennie, et qui soulève des […]

Politique Tunisie - Tunisia Business

À fin mars 2026, le dinar tunisien affichait un recul de 1,5% face au dollar américain par rapport à son niveau de fin 2025, selon les chiffres officiels de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Un glissement supplémentaire qui vient s’ajouter à une tendance de fond entamée depuis plus d’une décennie, et qui soulève des interrogations croissantes sur les effets réels de la politique monétaire conduite par l’institution.

Un bilan en demi-teinte depuis plus de dix ans

Les données de la BCT révèlent une image contrastée de la monnaie nationale. Si le dinar a cédé 1,5% face au billet vert et 0,2% vis-à-vis de l’euro entre la fin 2025 et mars 2026, il a en revanche progressé de 1,7% face au dirham marocain et de 0,4% respectivement face au yen japonais et à la livre sterling. Des mouvements ponctuels qui ne masquent pas une réalité plus structurelle.

Selon l’économiste Slah Moussa, la monnaie nationale a perdu près de 22% de sa valeur depuis 2011, sous l’effet d’une politique de dépréciation délibérément conduite par la Banque centrale. Cette stratégie poursuivait trois objectifs annoncés : maîtriser l’inflation, rééquilibrer la balance commerciale en favorisant les exportations et en décourageant mécaniquement les importations, et enfin renforcer les réserves en devises. Mais à l’épreuve des faits, les résultats s’avèrent inverses aux ambitions affichées.

« L’analyse des indicateurs financiers montre que cette politique a produit l’effet contraire à celui recherché », souligne Slah Moussa, cité par Le Quotidien. Le déficit commercial s’est creusé, les réserves en devises ont reculé, l’inflation s’est renforcée et le service de la dette a gonflé. En chiffres, l’économiste évalue les pertes liées à la baisse du dinar à 18 milliards de dinars, avec une progression du service de la dette passant de 8% à 13%. Des arbitrages budgétaires douloureux ont découlé de cette situation, se traduisant par une compression des budgets alloués à plusieurs ministères et services publics, notamment ceux assurant les prestations sociales de base.

Des secteurs stratégiques mis à rude épreuve

Au-delà des agrégats macroéconomiques, la dépréciation du dinar a frappé de plein fouet certains secteurs dont les effets se ressentent directement dans le quotidien des Tunisiens. Le secteur pharmaceutique constitue à cet égard un exemple particulièrement parlant. Chaque nouveau repli de la monnaie nationale se répercute en cascade sur la Pharmacie centrale, les officines privées et les patients.

Les manifestations concrètes de cette pression sont multiples : disparition de certains médicaments des rayonnages, hausse des prix à la vente, difficultés de la Pharmacie centrale à honorer ses commandes faute de disponibilité en devises, ou encore impossibilité de produire localement des spécialités dont les matières premières sont importées. Un cercle vicieux qui fragilise l’accès aux soins d’une population déjà sous pression économique.

Slah Moussa rappelle que c’est à partir de 2016 que la BCT a accentué cette orientation, dans le prolongement d’un mouvement libéral amorcé dès les années 1970. L’idée directrice consistait à soustraire la politique monétaire à l’influence du politique pour la confier à des techniciens réputés neutres, censés optimiser l’efficacité économique. Force est de constater, selon l’expert, que cette approche n’a pas produit les résultats escomptés.

Les PME, grandes oubliées de la politique monétaire

Le tissu des petites et moyennes entreprises tunisiennes subit de son côté des tensions croissantes liées à la dépréciation monétaire. Leur modèle économique repose largement sur l’importation de matières premières et sur des transactions libellées en devises étrangères. À mesure que le dinar perd de la valeur, le coût de leurs approvisionnements s’alourdit mécaniquement, les contraignant à revoir à la baisse leurs volumes d’activité, voire à réduire leurs effectifs.

Ce qui frappe davantage dans l’analyse de Slah Moussa, c’est l’absence de mesures ciblées en faveur de ces entreprises de la part de la Banque centrale. Aucune décision spécifique n’a été prise pour amortir l’impact de la dépréciation sur les PME, laissant ces acteurs économiques absorber seuls le choc monétaire. Une lacune que l’économiste juge préoccupante au regard du rôle structurant que jouent ces entreprises dans l’emploi et la création de valeur ajoutée en Tunisie.

Vers une refonte du rôle de la Banque centrale ?

Face à ce constat, Slah Moussa appelle à une redéfinition profonde des missions et du cadre de responsabilité de la BCT. L’institution devrait, selon lui, assumer simultanément plusieurs fonctions : garantir la stabilité financière et bancaire, assurer la stabilité des prix, et contribuer activement au développement économique du pays. Trois missions qui impliquent des arbitrages parfois délicats, mais qui ne peuvent être traitées isolément.

L’économiste insiste également sur la nécessité d’instaurer un mécanisme formel de responsabilité, adossé à une législation contraignante. La BCT devrait, dans cette perspective, être tenue de rendre compte de ses choix de politique monétaire, à travers la publication régulière de rapports spécialisés accessibles tant au grand public qu’aux experts. Un exercice de transparence qui fait aujourd’hui largement défaut, selon lui, et qui prive le débat public d’éléments d’appréciation indispensables.

La pression sur le pouvoir d’achat des ménages, combinée à une inflation persistante et à des secteurs vitaux en difficulté, alimente une interrogation que les données chiffrées rendent de plus en plus difficile à esquiver : la politique de dépréciation du dinar peut-elle encore être défendue en l’état, ou le moment est-il venu d’en réviser les fondements ?

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