Nairobi devient cette semaine un carrefour stratégique pour l’entrepreneuriat tunisien. Quinze entreprises tunisiennes ont déjà posé leurs jalons au Kenya depuis 2025, et une délégation de six startups du pays participe actuellement au forum IPDAYS Nairobi x Silicon Savannah Startup Fair 2026, organisé au sein de la Konza Technopolis Development Authority (KoTDA). Un signal fort d’une ambition continentale qui ne se limite plus aux marchés nord-africains traditionnels.
IPDAYS fait son entrée au Kenya avec une édition inédite
Lancée en 2022 à Tunis, la plateforme IPDAYS — Inno’Preneurs Days — a déjà traversé Le Caire et Abidjan avant de poser ses valises à Nairobi pour sa première édition kenyane. Dédiée à l’innovation entrepreneuriale et à la propriété intellectuelle, cette initiative tunisienne se positionne comme un pont entre les écosystèmes africains en quête de synergies durables.
Pour cette édition kenyane, l’événement rassemble six startups tunisiennes face à plus de 60 ventures kenyanes, dans un format conçu pour favoriser les connexions directes entre porteurs de projets, investisseurs et décideurs des deux pays. Au menu : sessions de matchmaking, pitchs devant des investisseurs et ateliers pratiques sur les stratégies d’entrée dans les marchés africains transfrontaliers.
L’organisation du forum repose sur un consortium d’acteurs : RedStart Tunisie, Seketak Solutions, Fie Labs et GAK Advisory ont co-construit cet événement avec KoTDA, conférant à la rencontre une dimension à la fois institutionnelle et opérationnelle.
Un accord structurant entre Tunis et Nairobi pour les écosystèmes tech
Au-delà des rencontres d’affaires, le forum a été le cadre d’une signature significative : un accord de collaboration entre KoTDA, RedStart Tunisie et Seketak Solutions. Ce partenariat tripartite couvre plusieurs axes concrets, notamment les échanges de startups entre les deux pays, le lancement de programmes d’accélération communs et le renforcement mutuel des écosystèmes d’innovation.
Ce type d’accord dépasse la simple déclaration d’intention. Il traduit une volonté de structurer des passerelles permanentes entre la Silicon Savannah — le hub technologique kenyan — et l’écosystème tunisien, qui cherche depuis plusieurs années à diversifier ses débouchés au-delà de l’Europe et du Maghreb.
Le timing de cet événement n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la dynamique de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), dont la mise en œuvre progressive transforme les conditions d’accès aux marchés africains. Pour les startups tunisiennes, cette fenêtre représente une opportunité concrète d’internationalisation vers un continent de 1,4 milliard de consommateurs en pleine mutation économique.
Côté kenyan, le contexte réglementaire a également évolué favorablement. Le président William Ruto a promulgué récemment le Technopolis Bill 2024, un texte législatif qui offre au Kenya un cadre juridique clair pour le développement de ses technopoles, dont Konza Technopolis figure parmi les projets phares. Cette loi renforce l’attractivité du site qui accueille le forum et consolide la crédibilité du Kenya comme destination d’implantation pour les startups africaines et internationales.
Une présence tunisienne au Kenya qui prend de l’ampleur
Les chiffres communiqués en marge du forum illustrent une tendance de fond. L’ambassadeur tunisien au Kenya a confirmé que quinze entreprises tunisiennes étaient déjà actives sur le marché kenyan en 2025, un nombre qui continue de progresser. Cette donnée, relayée par African Manager, donne une mesure concrète de l’intérêt croissant des opérateurs tunisiens pour l’Afrique de l’Est.
Ce mouvement s’explique en partie par la saturation relative de certains marchés traditionnels et par la recherche de nouvelles zones de croissance. Le Kenya présente plusieurs atouts : une classe moyenne en expansion, une infrastructure numérique parmi les plus développées du continent, un écosystème de fintech et de services technologiques reconnu à l’échelle mondiale, et une stabilité institutionnelle qui rassure les investisseurs étrangers.
Pour les startups tunisiennes, l’accès à cet écosystème ne passe plus seulement par des canaux informels ou des démarches individuelles. Des plateformes comme IPDAYS créent des structures d’accueil, des réseaux de mise en relation et des opportunités de co-développement qui réduisent les risques liés à l’expansion internationale.
RedStart Tunisie, l’un des organisateurs du forum, joue ici un rôle central d’intermédiaire entre les deux écosystèmes. Sa présence aux côtés de KoTDA dans l’accord de collaboration signé lors de l’événement témoigne d’une volonté de pérenniser cette relation au-delà d’un simple rendez-vous annuel.
Des secteurs porteurs pour les entreprises tunisiennes
Les startups tunisiennes présentes à Nairobi évoluent dans des secteurs variés, allant des technologies financières à l’agritech, en passant par les solutions logistiques et les services numériques aux entreprises. Ces domaines correspondent précisément aux besoins exprimés par les marchés d’Afrique subsaharienne, où la transformation numérique s’accélère mais où l’offre locale reste insuffisante dans plusieurs segments.
La complémentarité entre les deux écosystèmes est réelle : là où le Kenya dispose d’une infrastructure de distribution et d’un marché de consommateurs numériquement connectés, la Tunisie apporte des solutions technologiques développées dans un contexte africain, souvent plus adaptées aux réalités du continent que des offres venues d’Europe ou d’Asie.
Un modèle de coopération Sud-Sud en construction
L’édition nairobie d’IPDAYS illustre une tendance plus large dans les relations économiques intra-africaines : le développement de coopérations Sud-Sud qui court-circuitent les anciennes logiques de dépendance vis-à-vis des partenaires du Nord. Tunis et Nairobi construisent ici un modèle de collaboration entre pairs, fondé sur des intérêts mutuels et une vision commune de l’intégration continentale.
Ce forum n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une série d’initiatives qui, depuis 2022, ont progressivement étendu la portée géographique d’IPDAYS et démontré la capacité de l’écosystème tunisien à nouer des partenariats durables avec d’autres hubs africains. La prochaine étape sera de mesurer les retombées concrètes de ces connexions : levées de fonds, co-développements de produits, implantations croisées — autant d’indicateurs qui diront si cette dynamique se transforme en croissance réelle pour les startups des deux pays.

