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Affaire Belaïd : Fathi Dammak condamné à 38 ans de prison

Treize ans après l’assassinat de l’opposant politique Chokri Belaïd, la justice tunisienne franchit une nouvelle étape décisive. Mardi soir, la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme, rattachée au Tribunal de première instance de Tunis, a prononcé une peine de 38 ans de prison à l’encontre de l’homme d’affaires Fathi Dammak. Ce verdict s’inscrit […]

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Treize ans après l’assassinat de l’opposant politique Chokri Belaïd, la justice tunisienne franchit une nouvelle étape décisive. Mardi soir, la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme, rattachée au Tribunal de première instance de Tunis, a prononcé une peine de 38 ans de prison à l’encontre de l’homme d’affaires Fathi Dammak. Ce verdict s’inscrit dans le cadre d’un volet particulier du dossier Belaïd, celui qui porte sur la mise en place présumée d’une cellule structurée dédiée à la surveillance, au recrutement et à la planification d’éliminations ciblées.

Des peines lourdes pour une cellule aux ramifications multiples

Le jugement rendu mardi ne concerne pas uniquement Fathi Dammak. Le tribunal a simultanément condamné plusieurs autres prévenus impliqués dans le même dossier, avec des peines échelonnées entre 20, 30 et 34 ans d’emprisonnement. Parmi les personnes visées par ces condamnations figurent des profils qui témoignent de la nature plurielle du réseau incriminé : un cadre appartenant à la Direction des renseignements et un responsable du bureau régional du Mouvement Ennahdha à Ben Arous.

Selon les éléments portés à la connaissance du tribunal, la cellule en question aurait opéré de manière organisée, ciblant une liste étendue de personnalités issues de différents horizons — journalistes, magistrats, responsables politiques et figures publiques. Le nom de Chokri Belaïd apparaît en bonne place parmi les cibles identifiées dans ce dossier, ce qui confère à cette condamnation une résonance particulière dans l’histoire judiciaire tunisienne récente.

Les peines prononcées restent susceptibles de recours, mais elles marquent d’ores et déjà un tournant dans un procès qui s’étire depuis plusieurs années, mobilisant une attention constante de la part des familles des victimes, des organisations de défense des droits humains et de l’opinion publique tunisienne.

Un dossier scindé en deux branches distinctes

Pour comprendre la portée de ce verdict, il faut rappeler la décision prise en amont par le juge d’instruction : diviser l’enquête globale sur l’assassinat de Chokri Belaïd en deux procédures judiciaires séparées. Cette scission avait pour objectif de traiter de manière distincte deux dimensions d’un même crime.

Le premier volet — celui qui vient de donner lieu aux condamnations de mardi — porte sur la phase préparatoire : la surveillance des cibles, le recrutement des exécutants potentiels et la planification des opérations. C’est dans ce cadre que s’inscrit la condamnation de Fathi Dammak et des autres accusés. Le second volet, toujours en cours d’instruction ou de jugement selon les informations disponibles, concerne directement l’exécution matérielle de l’assassinat de l’opposant, survenu le 6 février 2013 devant son domicile à El Menzah.

Cette architecture judiciaire en deux temps avait été critiquée par certains observateurs, qui craignaient qu’elle ne dilue la responsabilité globale des faits. Pour d’autres, elle permettait au contraire de traiter avec rigueur chacun des rouages d’un crime perçu comme organisé à plusieurs niveaux.

Le 6 février 2013 : une date gravée dans la mémoire tunisienne

L’assassinat de Chokri Belaïd reste l’un des moments les plus douloureux de la transition démocratique tunisienne. Secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates et figure de proue de la gauche nationaliste, Belaïd avait été abattu de plusieurs balles devant chez lui, au petit matin. Sa mort avait provoqué une onde de choc dans tout le pays, entraîné la démission du gouvernement de Hamadi Jebali et déclenché des manifestations massives à travers la Tunisie.

Depuis lors, l’affaire a connu de multiples rebondissements judiciaires, des accusations croisées et des polémiques politiques qui ont régulièrement resurgi dans le débat public. La lenteur perçue de la justice dans ce dossier avait alimenté la frustration des proches du défunt et de ses partisans, qui réclamaient des réponses claires sur les commanditaires du crime.

Le comité de défense et la thèse de la cellule secrète

Le comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi — ce dernier ayant été assassiné dans des circonstances similaires en juillet 2013 — avait, dès les premières années de l’instruction, mis en avant l’existence d’une structure clandestine organisée. Selon les avocats de ce comité, la cellule ne se limitait pas à la seule affaire Belaïd : elle aurait conduit des opérations de filature, de collecte de renseignements et de surveillance rapprochée sur plusieurs personnalités politiques et médiatiques de l’époque.

Ces affirmations, longtemps considérées comme des hypothèses défensives, semblent aujourd’hui trouver un écho dans les décisions judiciaires rendues. La condamnation de Fathi Dammak, homme d’affaires dont le profil tranche avec celui d’un militant ou d’un opérateur sécuritaire classique, soulève par ailleurs des interrogations sur les liens entre sphères économiques et réseaux politico-sécuritaires dans la Tunisie post-révolution.

Les avocats du comité ont toujours défendu l’idée que les assassinats de 2013 ne pouvaient être réduits à des actes isolés perpétrés par des individus radicalisés, mais qu’ils s’inscrivaient dans une stratégie délibérée visant à déstabiliser l’opposition laïque et progressiste à un moment charnière de la transition politique tunisienne. Le verdict de mardi, tel que rapporté par Webdo, apporte de nouveaux éléments à cette lecture des événements, même si le procès dans son ensemble n’est pas encore clos.

Les familles de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, ainsi que leurs soutiens, suivent de près l’évolution du second volet judiciaire, celui qui devra établir les responsabilités dans l’exécution directe des deux assassinats. La question de l’identité des commanditaires, régulièrement soulevée depuis 2013, demeure au cœur des attentes de toutes les parties prenantes à ce dossier historique pour la Tunisie.

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